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lundi 27 avril 2015

Le film que je n'irai pas voir

Jeudi, je suis allée voir Avengers - Age of Ultron, et c'était bien. Mais avant tout film au cinéma, il y a les bande-annonces. Certaines promettent d'agréables moments de cinéma, certaines laissent indifférentes, puis parfois, il y a ça:



Il s'agit du film Nos Femmes, réalisé par Richard Berry d'après la pièce de théâtre du même nom, produit par Thomas Langmann, dont la sortie au cinéma est prévue pour le 29 avril 2015.

J'ai été choquée par cette bande annonce. Déjà le titre du film et les premières images ne présageaient rien de bon. "Nos femmes" ça sonne sexiste, dès le départ, ne serait-ce que par l'utilisation du possessif, qui ramène la femme à un objet que l'on possède.
Alors bien sûr, la langue française n'a pas de féminin pour "mari", je le concède. Petite parenthèse: je déplore que le mot qui désigne la personne de genre féminin soit le même que celui qui désigne son statut d'épouse, un peu comme la représentation de l'idée selon laquelle l'avenir d'une femme est d'être l'épouse d'un homme, aucune barrière n'est faite entre la femme et l'épouse dans ce terme.
Mais reste que dès le titre on a déjà une notion de clivage homme / femme.
On a ensuite la première image: des hommes qui font des trucs d'hommes entre hommes, sans leurs femmes. Bah oui, parce que les femmes, c'est chiant, c'est de la contrainte, faut bien se détendre entre bonhommes de temps en temps. (Notez que je me facepalmerai également si les rôles étaient inversés).

Puis vient le motif de mon indignation : "j'ai tué ma femme! (saperlipopette)".Tout le propos énnoncé par cette bande annonce est: "jusqu'où peut-on aller par amitié".
Le meurtre de cette femme est secondaire, banalisé, invisible. Seul compte le "doit-on ou non excuser notre ami et lui fournir un alibi".
Et c'est un film comique.



Rappelons quelques petites choses

Tuer sa femme dans un accès de colère: ça s'appelle une violence conjugale. Et ça n'a rien de comique, c'est très grave.
Banaliser les violences conjugales, ce n'est pas moins grave, car ça invisibilise la souffrance de nombreuses femmes et familles, ça ramène leur douleur à quelque chose d'insignifiant, de risible.

Rappelons que c'est par honte que nombreuses sont les femmes qui n'osent pas dénoncer, le conditionnement à penser que c'est "pas si grave", que "c'est l'homme qui doit être maitre dans son foyer", est présent constamment. Invisibiliser et banaliser ces violences revient à dire que ce n'est pas grave, qu'au mieux c'est de la faute de la femme, qu'on peut échapper en toute impunité à ses responsabilités et la loi parce que "c'est un bon gars dans le fond".

Une telle banalisation n'est pas seulement indécente, elle est dangereuse. 

Selon le site Mémoires Traumatiques et Victimologie "184 personnes sont décédées, victimes de leur partenaire ou ex-partenaire de vie (conjoint, concubin, pacsé ou ex-dans les trois catégories). De ce rapport il ressort que tous les deux jours en France, un homicide est commis au sein du couple. 156 femmes sont décédées en une année, victimes de leur compagnon ou ex-compagnon, 27 hommes sont décédés, victimes de leur compagne ou ex-compagne. 1 femme est tuée par son partenaire ou ex partenaire tous les 2 jours et demi, 1 homme tous les 14 jours. Les femmes sont les victimes dans 84,4 % des cas."

[Important: si vous êtes victime ou témoin de violences conjugales, appelez la police (17) et/ou le 39-19 (appel gratuit et anonyme). Pour plus de renseignements, cliquez ici]

Alors non, ce n'est pas anodin, et ce n'est pas drôle.
On peut décider de parler de ce sujet dans un film, pour le dénoncer, rien ne justifie la banalisation qui en est faite dans Nos Femmes.


Sur Twitter

Lorsque j'ai vu cette bande-annonce au cinéma, j'ai été choquée, au plus haut point. Et les gens dans la salle riaient, je me suis sentie si seule. Puis j'ai posté mon indignation sur Twitter.
De jour en jour, de plus en plus de personnes se sont indignées de concert avec moi, je me suis sentie moins seule.
Suivez la chronologie de cette indignation sur les hashtags #NosFemmes et #NotreRage.
J'ai compilé sur ce Storify mes tweets et retweets: Chronologie d'Une Indignation.

Comme je le suggérais sur Twitter, nous avons une solution: boycotter le film, le dénoncer, il y a cette pétition mise en ligne sur Avaaz, et propager notre indignation en dépit de celleux qui ne comprennent pas et veulent le défendre sous couvert de "on peut rire de tout", "si c'était un homme vous l'ouvririez pas", et autres "c'est pas le seul film qui parle de ça".
Les murs sont nombreux, mais pas indestructibles.

Alors ensemble, indignons-nous.





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Edit du 12 mai 2015: retrouvez mon Storify cité sur cet article de Slate. Hashtag je suis fierté. 8)


Edit du 19/11/19: Je reviens juste sur cet article car il a énervé pas mal de monde, comme je m'y attendais au moment de son écriture. Mais je n'ai en tout cas pas pris la peine de réagir à ce moment là, parce que flemme et parce que autre chose à faire.
Je pose quelques lignes ici histoire de revenir là-dessus avec un peu de recul et parce qu'il me semble qu'il y a besoin d'une précision.

Il y a deux choses qu'on m'a reproché:

- "Ce n'est qu'une bande-annonce, pas le film, on peut pas critiquer un film qu'on n'a pas vu".

C'est tout à fait vrai, je suis même la première à dire qu'on ne peux pas juger un film à sa bande-annonce. Mais comprenez bien que ce que je critiquais, ça n'était pas le film, mais le propos du film, parfaitement clair dès la bande-annonce. On aurait pu ajouter toutes les nuances du monde que ça ne change en rien le fait que ce film s'amuse d'un féminicide, en faisant passer ça au même degrés que "ciel mon mari! cache toi dans le placard."
Dans ce contexte-là, on n'a pas besoin de l'entièreté du film pour comprendre l'indécence dans le traitement de ce sujet.

Ceci étant dit, je reconnais avec humilité que j'aurais dû voir le film avant - ou au moins préciser ce que je viens de dire. J'ai publié mon article deux jours avant la sortie du film, ma réaction était explicitement une réaction à la bande-annonce et une explication de pourquoi je n'avait pas l'intention de voir le film à sa sortie. Mais en faisant ça j'ai moi-même ouvert la porte aux critiques qui ne comprenaient pas mon sujet.
Je ne change pas d'avis mais j'aurais dû écrire ça autrement, et pas à chaud. Avec du recul, j'ai conscience que la façon dont j'ai écrit mon article n'était pas bonne, que je n'aurais pas du livrer à l'Obs l'article tel quel (j'ai paniqué XD).

- "Pour qui une bloggeuse se prend-elle pour censurer les gens par un appel au boycott vindiou?"

De deux choses l'une: un boycott n'est pas une censure (je n'empêche personne de voir ce qu'il veut, quand un groupe de personnes décide de ne pas voir un film, il n'empêche pas la diffusion de ce film), je n'ai pas "appelé" au boycott.
Dans mon article je dis deux choses: d'abord que je n'irai pas (ne suis pas allé) voir ce film, par ce qu'en mon âme et conscience ça me rendait malade de voir ça, et deuxièmement qu'une arme dont nous disposition pour signifier notre indignation était le boycott. Dit autrement: si en ton âme et conscience tu penses que ce film est malsain, la seule chose que tu puisse faire c'est de ne pas aller le voir - et éventuellement de dire pourquoi tu penses que ce film est malsain.
Si toi, lecteur, tu lis ça comme "je veux t'empêcher de voir ce film", c'est que tu as mal compris, que tu te sens attaqué, pour rien. C'est TA perception, pas mon message.
Pour finir, cette petite condescendance dans l'emploi du mot bloggeuse... ok. De ton point de vue je suis quelqu'un qui écrit sur un blog. Mais non en fait, moi, je suis une femme citoyenne, je ne suis pas limitée au fait d'écrire sur un blog. Mon indignation en tant que femme est valide, et ce n'est pas en tant que bloggeuse que je disais mon indignation mais en tant que femme.
D'autre part, en quoi être bloggeuse me ramène-t-il à un état d'infériorité et d'illégitimité? Qui est légitime à parler de boycott alors? C'est une vraie question. Si tu ne penses pas qu'un.e citoyen.ne soit légitime à s'indigner et à utiliser les seules armes dont il puisse avoir l'usage: qui l'est?

Je sais également qu'on a peut-être pu sans que je le sache me critiquer à coup de "héééé on peux plus rien dire, sjw, on peut rire de tout". Oui.
Tu peux rire de tout, et dire ce que tu veux. Mais c'est pas parce qu'on peut qu'on doit. Tu peux tout dire, mais si ce que tu dis est nuisible pour l'autre, il ne faut pas s'étonner du retour de baton. Tu as le droit de dire des choses offensantes, mais j'ai le droit de te répondre que ce que tu dis est offensant. J'ai le droit de te dire "ce que tu dis me blesse, parce que..." Comprenez bien qu'en ne répondant que des insultes et en fermant les débats à coup de "vous faites chier avec votre bien pensance", vous vous rendez coupables de ce dont vous nous accusez, à savoir de vous empêcher de vous exprimer. or ça n'est le but de personne ici.
Et si pour toi, tout ce que tu peux dire et rire de, ça se limite aux blagues misogynes, racistes, etc... j'aurais aucun scrupule à te répondre, en fait. Si on  vous a laissé faire ces blagues de merde si longtemps c'est pas parce qu'elles étaient acceptables, c'est parce que les personnes que ces blagues moquaient n'avaient d'autre choix que de fermer leur gueule.
A part ça y'a largement de quoi rire, largement assez de choses que tu puisses dire sans blesser quelqu'un. Et par blesser j'entends vraiment "blesser", au sens le plus dur.
Il faut savoir faire la distinction entre "politiquement correct" et le fait de dénoncer des propos dangereux. Et je suis désolée mais bien souvent la différence, beaucoup de gens ne la font pas - d'un côté comme de l'autre. On n'est pas des SJW dès qu'on critique quelque chose, et on n'est pas un gros connard dès qu'on dit un truc un peu limite.
On gagnerait tellement à prendre le temps de s'écouter, parfois, avant de monter sur ses grands chevaux et rabaisser l'autre.

Personnellement, en tout cas, je continue de penser que ce film - plus précisément ce qu'en montre la bande-annonce - franchit la limite de la beaufitude, et avec quelques années de recul vous constaterez que ce film est de toutes façon tombé dans l'oubli parmi la myriade de films français vraiment nuls. J'ai partagé mon indignation à l'époque, c'était tout frais, mais on constatera aujourd'hui que la nullité du film (d'après ce que je constate par les chiffres) à fait le taf tout seul pour l'enterrer.
Les violences envers les femmes et les féminicides, en revanche, restent un problème majeur et trop peu observé - 134 femmes ont perdu la vie des coups de leurs conjoints cette année. C'est beaucoup. C'est ce genre de chiffre qui rend la blague très amère.

Je vais clore cet update avec ceci:







mercredi 11 mars 2015

Mansplaining, whitesplaining, cisplaining, et autres -splaining

Aujourd'hui j'ai envie de vous parler de ça, parce que c'est quelque chose auquel on se confronte quasi systématiquement lorsqu'on s'engage dans une lutte, quelle qu'elle soit.
Mais avant toute chose pour comprendre ce qu'est le -splaining et en quoi c'est un problème il faut revenir sur un point essentiel: le rapport oppressé/oppressant, ou dominé/dominant.

Qu'on parle de féminisme, d'anti-racisme, de lutte LGBT ou tout autre lutte, à la base il y a ce rapport là, il y a les dominants - ceux qui créent ou profitent d'une inégalité sociale -, et les dominés - ceux qui en sont victime. D'où la nécessité et l'existence de ces luttes.
Par exemple quand on parle de féminisme: les femmes sont les dominées/oppressées, les hommes sont les dominants.

(nb: screenshot non trafiqué)

Le -splaining - où le fait pour un.e dominant.e de vouloir expliquer à un.e militante comment mener son combat, lui "expliquer", selon la traduction littérale, vient de ceci que souvent, pensant bien faire, le.la dominant.e ne sait pas "checker ses privilèges", et prendre conscience de sa place dans le rapport dominant/dominé d'une inégalité sociale.



Cela peut prendre la forme de "tu devrais/ ne devrais pas faire/dire cela" / "je pense que"; par exemple une personne cis-hétéro qui dirait à une personne LGBT+ - pansexuelle par exemple - "tu ne devrais pas baser ton identité sur ce mot, je pense que pansexuel est un mot qui ne veut pas dire grand chose". Ou un exemple de mansplaining "je pense que vous les féministes vous devriez vous inquiéter plus des femmes au Moyen-Orient que de choses comme le mot "mademoiselle" dans les formulaires parce que c'est plus important".

[Nb: les exemples que je donne sont des choses que j'ai réellement lues ou entendues, je ne les invente pas.]

Récemment je lisais les tweets de personnes afroféministes qui décrivaient ce comportement d'hommes racisés disant "tu ne devrais pas te lisser les cheveux car tu renie ton identité" (grosso modo).C'est un exemple pertinent de -splaining.

(exemple de whitesplaining)


En quoi c'est un problème? Eh bien tout simplement parce que les personnes prétendant conseiller et savoir ne font pas partie des dominé.e.s, qui subissent une oppression, ils n'ont pas les moyens de comprendre de façon intrinsèque ce que cela implique.
Ce n'est pas de leur ressort d'expliquer. Dans le cadre du féminisme par exemple, un homme ne subit pas les inégalités hommes/femmes, il en est profiteur (qu'il en ait conscience ou non), et il ne peut pas savoir avec certitude ce que c'est que d'être victime du sexisme, il n'a donc pas à expliquer à une femme comment elle doit se défendre contre l'inégalité dont elle est victime.

Et toute la bonne volonté du monde - vouloir soutenir -  n'empêche pas ce fait simple: ce n'est pas au dominant d'expliquer à une personne victime d'une inégalité ce qu'iel devrait faire, ou dire, et comment mener son combat contre cette inégalité.
C'est une question basique d'humilité: savoir à quel moment se taire et écouter.



Pour soutenir quelqu'un dans son combat, en tant que dominant, il y a quatre choses que l'on peut - doit - se permettre: checker ses privilèges (prendre conscience de sa place dans l'inégalité dont il est question), écouter, apprendre et transmettre.
Écouter sans juger, avec humilité, sans y apposer sa propre vision des choses. Transmettre de la même façon, c'est à dire sans parler au nom des autres mais en exposant avec humilité les problématiques d'une lutte fidèlement, telle qu'elle nous a été transmise.

 Avec vous je vais checker mes privilèges, me positionner:
Je suis une femme, je suis issue de la classe ouvrière, je suis blanche, je suis cisgenre, je suis pansexuelle, je suis physiquement valide et neuro-atypique, .
Partant de là: mon statut de blanche / cis / physiquement valide, me définit comme dominante par rapport aux personnes racisées, queergender et invalides - j'ai intrinsèquement des privilèges.
En aucune façon je n'ai le droit de parler au nom des personnes victimes d'un système duquel je profite, mon rôle est d'écouter et de soutenir avec humilité.
Assumer sa place dans un système inégalitaire est essentiel.



Pour vous donner un exemple simple de comment on peut profiter intrinsèquement d'une inégalité prenons par exemple ce qu'il se passe par rapport à un système basé sur l'exclusion de personnes racisées.
Pour un poste convoité dans une entreprise, en tant que blanche mes chances d'obtenir ce poste sont plus grandes qu'une personne racisée ayant les même compétences que moi. Que je sois moi-même anti-raciste n'y change rien.
Ce n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres.

L'importance de savoir se situer et prendre conscience de comment on profite d'un système inégalitaire c'est que la suite logique c'est qu'on comprend qu'on n'a pas le droit de parler au nom des personnes qui en sont les victimes. Elles seules sont à même de comprendre ce qu'elles subissent et comment mener leur combat.



Sans celà, on s'expose aussi au "not all". Not all men, not all white people, not all cis... et ainsi de suite. Ce qui signifie "on est pas tous comme ça".
Par exemple le "not all men". Dire à une femme qui pointe du doigt une inégalité sexiste "on est pas tous comme ça" est inapproprié pour la simple raison  que déjà on le sait, et que même si individuellement vous n'alimentez pas un système sexiste de façon explicite, vous en profitez de par votre statut social et c'est votre statut social qui est responsable des inégalités contre lesquelles on se bat.



Pour en revenir aux personnes racisées, si au cours d'une conversation je m'insinue en disant "je ne suis pas comme ça", il y a de forte chances qu'on me remette à ma place, à raison.



Ce qu'il y a de beau dans ce comic strip c'est que quelque soit la lutte dont on parle, ça fonctionne de cette façon.


Alors conclusion: 

Checke tes privilèges, écoute, apprend, transmet, et n'essaie pas d'expliquer sa lutte à quelqu'un qui subit une oppression et se bat contre elle.

Rien n'est plus simple à mettre en pratique que l'humilité.

Liens

- Splaining, définition - Geek Feminism Wikia (en anglais)
- Afroféminisme par Mrs. Roots
- "But not all white people are like that" - Stfu Assholes - Tumblr (en anglais)
- Bingo féministe et Mansplaining - Genre!
- Hashtag "cisplaining" sur Twitter
Je vous conseille par ailleurs très fortement de chercher les hashtags des différents mot-clés utilisés pour trouver des choses pertinentes.
- The problem with privilège explaining - Every Day Feminism

NB: j'ai beaucoup de mal à trouver des articles en français pour cette liste de liens, aussi si vous avez des articles pertinents à proposer, n'hésitez pas un seul instant à me les poster en commentaire. ;)



vendredi 13 février 2015

La mystification de la "première fois" et autres clichés

Hier, j'ai regardé une vidéo qui m'a désespérée pour le discours oppressif qu'il présente, à base de slut-shaming, d'hétérocentrisme, de cis-centrisme, et j'en passe, et à base du plus gros cliché de toute l'histoire de la sexualité: la "première fois".

Le thème de cette vidéo "débat" (rappelons en passant qu'un débat ça ne veux pas dire donner son point de vue en méprisant et n'évoquant pas à un seul moment un avis contraire. Quand on prétend faire une vidéo qui présente un débat et une synthèse des diverses opinions présentées... on le fait. Développer ton unique point de vue n'est PAS un débat - pour rappel: débat, définition). Le thème de cette vidéo est donc "faire sa première fois avec un ami".


Notez que le titre que vous voyez sur la miniature "faire sa première fois avec un ami vers 13/14 ans" n'est pas le même que le titre donné en description qui est "faire sa première fois avec un ami? WTF", déjà niveau incohérence et mépris ça se pose là.

Je tiens avant toute chose à dire que ce qui me choque dans cette vidéo n'est pas le fait qu'on puisse penser que coucher avec un ami n'est pas idéal, mais les "arguments" présentés.

Les arguments sont ceux-là:

• Premièrement, selon cette vidéaste, coucher avec un ami, c'est coucher sans sentiments, c'est comme coucher avec un inconnu / un voisin / 35 gars, c'est être "une salope", elle ne "se respecte pas".
• La première fois est trop importante pour être négligée (en couchant avec un ami, donc), elle doit selon elle être faite avec "le bon".
• 13/14 c'est trop jeune, selon elle



Alors pour commencer, si pour cette personne un ami est l'égal affectif d'un inconnu, je ne peux que la plaindre sincèrement.
Un ami par définition est quelqu'un qu'on aime, en qui l'on a confiance, qui est très loin d'être un inconnu. Choisir de coucher avec un ami, ce n'est pas coucher avec le premier venu, c'est faire le choix conscient et consenti d'expérimenter le sexe avec quelqu'un en qui on a confiance.
D'aucun témoignerons que décider de coucher pour la première fois avec un ami, quand les deux sont conscients de leurs actes et consentants, est plus sain que de subir une première fois avec quelqu'un - qu'on aime peut-être - mais avec qui il n'y a pas de respect voire pas de consentement.
Car le consentement et le respect sont les données indispensables, pas l'âge, le "statut relationnel" des deux personnes ou la présence ou non de sentiments amoureux.





Je vais enchainer d'ailleurs immédiatement sur l'aromantisme. Car il est un fait qui est que nombre de personnes sont aromantiques ou grey-romantiques. Et cela n'en fait pas des salopes ou des baisodromes.
Pourquoi? Parce qu'une personne - homme ou femme [LéaChou semble ne parler que de la première fois d'une fille avec un partenaire masculin, je développe en quoi ça me pose problème question sexisme et hétérocentrisme ou ça ira?] - ne se manque pas de respect en s'épanouissant dans des relations sexuelles non romantiques, bien au contraire, elles respectent leur identité, leur moi. 
Certaines personnes - quelque soit leur âge et leur expérience - s'épanouissent dans l'absence de sentiments de type amoureux.



Un acte sexuel consenti mais sans sentiment amoureux peut s'avérer plus sain qu'un acte sexuel non consenti - du tout ou partiellement - alors qu'on est amoureux de la personne avec qui l'on couche.
Parce que le romantisme n'est pas une protection, ce n'est pas une valeur sure d'un rapport sexuel "réussi".
Pour extrapoler un peu je vais évoquer la notion de violences conjugales, qui illustre très bien ce fait: on peut s'aimer, mais ne pas se respecter. De nombreuses personnes victimes ou coupables de violences aiment sincèrement leur partenaire, cela ne signifie pas qu'elles se respectent. 
Je ne dis pas que l'amour n'est pas important, mais simplement que dans certains cas cela ne suffit pas à poser les bases d'une relation saine, ce n'est qu'une donnée parmi d'autres.

Je vous conseille la lecture de cet article pour en savoir plus sur l'aromantisme: FAQ Aromantisme - Aséxualité.s

Ce que fais LéaChou ici s'appelle du slut-shaming. Et quand on s'adresse à des jeunes en questionnement, qui ont des doutes, qui peut-être se découvrent, c'est grave. Parce que - et c'est ironique quand on considère qu'elle parle de respect et de ne pas s'insulter en début de vidéo - dire qu'une personne qui préfère le sexe sans relation de type amoureuse est une pute, c'est insulter ces jeunes en leur faisant croire qu'il est anormal de ne pas être romantique.
L'amorantisme n'est PAS anormal, ce n'est PAS être une trainée qui ne se respecte pas.


"Parce que si nous voulons croire que nous respectons les femmes, cela ne peut pas seulement être 'je respecte seulement les femmes qui ont une sexualité identique à la mienne'. Parce qu'alors, vous êtes basiquement en train de dire 'tu dois obtenir mon respect en faisant l'amour de la façon dont je pense que tu le devrais'" - Lacy Green

Et non, ce n'est pas du respect que de mépriser les personnes qui ne pensent pas la même chose que toi et n'agissent pas de la même façon que toi.

Ensuite, "13/14 ans est trop jeune". Non. Parce qu'a cet âge là tu peux avoir plus de maturité qu'un.e adulte. Parce qu'a cet âge là tu es capable de comprendre ce qu'est le sexe, l'amour, les relations humaines. Tu es capable à 13/14 ans de comprendre que le sexe - qu'il implique du romantisme ou non - se doit d'être basé sur du respect et le consentement. Ils sont capables de comprendre si on prend la peine d'en discuter avec eux sans tabou ni jugement qu'il n'y a rien de "mauvais" dans une relation sexuelle tant qu'ils sont certains d'en avoir envie. Ils sont aussi capables de comprendre que de ne pas en avoir envie, c'est aussi normal que d'en avoir envie, qu'ils ont le droit de dire non comme de dire oui. Qu'il n'est pas anormal d'être attiré sexuellement par quelqu'un pour qui l'on ne ressent pas d'attirance amoureuse, et vice versa.
Ils sont capables de comprendre que c'est à eux de décider de ce qu'ils ont envie de faire ou non avec leur propre corps.
Ils sont capables de comprendre qu'il n'y a pas de mauvaise ou de bonne façon d'aimer, que seuls comptent le respect, le consentement mutuel et la prudence (le fait de se protéger par un moyen de contraception sûr).

Slut-shaming and why it's wrong

Pour finir, parlons un peu du mythe de la première fois.
En insinuant que la première fois doit être un moment magique, exceptionnel, ou que sais-je, on impose une pression énorme. La peur de mal faire, de l'échec, rend cet acte angoissant.



Une première fois peut mal se passer. Elle peut aussi se passer, ni bien ni mal. Et il n'y a rien de honteux à cela.
Et en quoi la première fois est-elle plus importante que les fois suivantes? Elles sont toutes également importantes (ou in-importantes).
Une première fois n'a pas a être vécue comme un test de réussite, parce qu'immanquablement, quand on idéalise trop quelque chose la déception de ne pas avoir été "parfait" est d'autant plus cuisante.



Je vais pour illustrer mon propos vous parler brièvement de ma première fois. Je l'ai idéalisée quand j'étais jeune, parce qu'on m'a imposée cette vision de "la première fois romantique et exceptionnellement importante". Mais l'occasion ne s'est jamais présentée quand j'étais adolescente, je n'ai eu mon premier 'vrai' petit ami et mon premier rapport sexuel il y a trois ans, j'avais 23 ans (j'en ai 26).
Entre l'idéalisation dans mon adolescence et ce moment il y a eu une très longue période, au bout de laquelle j'ai finit par m'en foutre. Sexe ou pas, amour ou pas, ça m'étais égal.
Ma première fois s'est passé comme toutes les fois suivantes, sans idéalisation, sans mystification. Et la vérité c'est que ça n'a pas rendu cette relation moins intense et vraie.
Et ce qui me fait rire avec tout ça c'est que mon ex était avant cela mon ami, et qu'aujourd'hui, il est toujours mon ami.
J'ai eu ma première fois à 23 ans avec l'un de mes meilleurs amis, et vous savez quoi? C'était bien. Parce qu'on se respecte, parce qu'on s'aime - peu importe que cela fut par amitié ou par amour - et parce que nous étions parfaitement consentants.

La première fois, pour certain.e.s ça pourra être merveilleux, pour d'autres non. Pour certains les suivantes pourront être meilleures que la première, ou simplement tout aussi bien.
La première fois n'a pas nécessairement à être la plus belle, la plus merveilleuse, la plus tout ce que tu veux. Ca peut être insipide ou juste bien, et il n'y a rien de mal à cela.



En commentaire sous la vidéo LéaChou parle de "ruiner son amitié" en couchant avec un.e ami.e.

 *me reading your nonsense *

Une relation sexuelle n'entache pas une amitié si cette amitié est sincère et que le rapport sexuel a été consenti et basé sur le respect du fait qu'elle n'impliquerait pas de sentiment amoureux ni de relation de couple.
Parce que je le répète, qu'on ait 13 ans ou qu'on soit adulte: on n'est pas stupides. On est capables de comprendre. De se comprendre.

Je suis restée amie avec mon ex, en quoi suis-je une exception? En quoi cela parait-il si invraisemblable? En quoi une relation sexuelle et/ou une relation romantique brise obligatoirement une amitié?

Je vais pas m'attarder sur l'idéalisation du "vrai beau grand amour", et "le bon", si ce n'est pour dire que c'est tout aussi stupide.




Un moment donné dans sa vidéo Léa dit "qu'après on ait un sexfriend je m'en fout mais pour une première fois non". En quoi est-ce différent? Pourquoi pour une première fois ça veut dire ne pas se respecter alors que pour les suivantes, non?
C'est un non sens. Une très grosse incohérence. Et encore une fois cela part du principe que les fois suivantes sont moins importantes que la première fois, or ce n'est pas le cas. Soit selon le raisonnement présenté, le sexe sans sentiments amoureux est une mauvaise chose, dans tous les cas, quelque soit l'âge ou le fait que ce soit ou non la première fois, soit ce n'est pas une mauvaise chose du tout. On ne peut pas dire que c'est mauvais et bien à la fois.



En prenant en compte que ce qui est bien / vrai pour une personne peut ne pas l'être pour l'autre, alors cessons un peu les généralités, et allons ranger notre condescendance à sa place: au fond d'une poubelle, et non en exposition à la vue de tous sur Youtube.

 
Chère LéaChou, tes paroles oppressives, ta condescendance et ton mépris ne méritent pas le respect. Ne fait pas l'affront de l'exiger de la part des autres.



Pour te documenter:

- Slut-shaming, définition
- Slut-shaming - Genre!
- Témoignage: "J'ai idéalisé notre première fois et j'ai été déçue"
- Hétérocentrisme
- Aromantisme
- Asexualité.s (blog)

- Tag "aromantisme" - Tumblr
Morceaux choisis:

Qu’est qu’une personne aromantique ?Il faut déjà savoir qu’il n’existe pas seulement l’orientation sexuelle, mais aussi l’orientation romantique. En effet, l’attirance sexuelle et l’attirance romantique sont deux choses différentes.
Être aromantique, c’est ne pas ressentir d’attirance romantique envers qui que ce soit, le sentiment amoureux et l’envie de faire des choses intimes non-sexuelles, en gros.
C’est une orientation, ce n’est pas un choix.
Nope, nope, NOPE. Ce n’est pas qu’ils “n’ont pas trouvé la bonne personne”, ni “une phase” ou quoique ce soit, c’est juste qu’ils ne le ressentent pas.
Nope, nope, NOPE. Ce ne sont pas des robots. La romance =/= l’amour. Cela diffère de ce qu’on peut ressentir pour ses amis ou sa famille ou idk. Et certains aromantiques ressentent cet amour platonique. Pas tous, d’autres sont très heureux seuls, et eux non plus ne sont pas des robots.
Certains aromantiques sont aussi asexuels, mais cela ne va pas de pair. On peut être aromantique et hétéro/homo/bi/poly/pan/sexuel (aka allosexuel).

Et le “spectre aromantique” ? Wtf ?
Il y a d’autres orientations regroupées sous le drapeau de l’aromantisme.
Les cupioromantiques ne ressentent pas d’attirance romantique mais aiment l’idée et désirent tout de même une relation romantique.
Les grey-aromantiques ressentent très rarement une attirance romantique, mais cela peut arriver, donc.
Les demi-romantiques peuvent ressentir cette attirance mais seulement après qu’un lien fort ait été crée.
Les akoiromantiques (ou lithromantiques) peuvent la ressentir, mais ne souhaitent pas vraiment que cela soit réciproque, ils peuvent même perdre l’attirance une fois dans une relation ou ne pas se sentir à l’aise.
Les quoiromantiques (ou WTFromantiques) ont du mal à faire la différence entre attirance romantique et attirance platonique, c’est la confusion.
Ils existent encore d’autres termes, et certaines personnes peuvent s’identifier à un terme sans y correspondre totalement. Tout dépend de comment on le ressent et c’est quelque chose de très variable.
 RoublardiseFtw


- Ask an Aromantic - Tumblr
- Aromantic Spectrum Awareness Week - Tumblr

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dimanche 8 février 2015

Un bref billet coup de gueule - transphobie

Sur le Ask de Internet Puke, il s'est passé ça:


Ceci, mes ami.e.s, est de la transphobie.

J'espère que vous comprenez en quoi cette attaque envers une personne qui m'est très cher m'a mise en colère.
Mais plus que ça il révèle un gros problème de notre société qui implique des notions d'incompréhension, de rejet et de désinformation.

Il rappelle ce qu'a subit Leelah Alcorn, une jeune femme trans, poussée au suicide par la non acceptation de son identité.
Alors j'entends Alva me dire "ouais non mais je vais bien, t'emballe pas". Oui mais non, ce n'est pas acceptable.
Et ça me vénère.

Alors je vais pas m'étendre sur le sujet, je vais juste vous poster ici deux choses, en premier lieu une réponse à cet anon', qu'il ne lira sans doute pas, mais je tiens quand même à re-dire ici tout le bien que je pense de lui/elle. Je l'ai déjà fait mais la QR a été signalée, la seconde le sera certainement.
Deuxième chose, je vais vous poster des liens, qui expliqueront mieux que moi les choses à expliquer et qui pourront s'avérer utiles.


Le premier point: 

Anon. Tu es ce genre de personnes qui me débectent et me font songer à mettre en application mon programme d'annéantissement des cons, tel le personnage du roman de Carl Aderhold dans son roman Mort aux Cons.
Tu n'a déjà pas le courage d'assumer tes paroles en décochant la case "anon", et tu prétends "assumer ton sexe"? Cette blague.
Tu es pathétique, tellement pathétique que tu en es risible. Tu ne vaux même pas la médiocrité du plus médiocre des trolls.
Tu es ce que dans le jargon on appelle un trou du cul, une sous-merde, un déchet humain. Un transphobe puant de suffisance et de stupidité.
Car si tu te documentait, tu saurai ce que sont les études de genre, tu saurai ce qu'est la transsexualité et ce qu'implique le fait de ne pas être né dans le genre auquel on s'identifie. Tu saurais que des études prouvent que le sexe chromosomique n'est pas toujours concordant avec le sexe biologique. Tu saurais qu'InternetPuke assume son genre, en dépit de son sexe biologique, qu'il a à l'inverse de toi fait un cheminement personnel de questionnement, et fait preuve d'une compréhension des notions de genre que tu n’effleure même pas.
Ton ignorance est affligeante. Ton incommensurable bêtise est affligeante. Ton être est probablement aussi affligeant que tout le reste.
Mais le pire dans tout ça, c'est que tu n'es pas le (ou la) seul.e. Ton ignorance est l'ignorance de toute une foule de personnes stupides et pédantes.
Cette ignorance qui est la tienne tue chaque année des centaines de personnes. C'est inadmissible. Ton acte est inadmissible.
Ton intolérance est inadmissible.

Alors c'est très cordialement que je t'enjoins à aller t'enterrer dans ton coin et réfléchir aux conséquences de tes paroles. 
Tu dis assumer ton sexe, alors je te le dis petit cisgenre, petit privilégié que tu es, petit ignorant que tu es, petit con que tu es; que tu n'es pas assez important pour représenter une vérité absolue, que tu peux aller au diable puisque lui seul saurai apprécier ta compagnie.
Je te le dis: assume jusqu'au bout. Assume ta puanteur et ta transphobie. Assume tes paroles. Assume ton inutilité. Assume les conséquences mortelles qu'ont les paroles et les actes de déchets dans ton genre. Et informe toi, si tant est que tu sois encore capable d'assimiler un peu de culture.

Cordialement,
Va chier, raclure de pleutre, et ne t'avise plus de déverser ta connerie transphobe sur les gens que j'aime et les autres.

Et je te rappelle ça, connard/connasse:

Désormais la transphobie, la violence, la discrimination envers les trans est reconnue par la loi.

LOI n° 2012-954 du 6 août 2012 relative au harcèlement sexuel et la transphobie, et la discrimination fondée sur l'identité sexuelle et liée au sexe.

Désormais, les propos injurieux et diffamatoires à caractère transphobe sont punis par la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881.


Mise à jour : LOI n° 2014-56 du 27 janvier 2014
Injures, diffamations transphobes : dorénavant, les victimes de transphobie ont un an pour engager une action en justice pour les infractions commises à raison de l'identité sexuelle. En savoir plus : LOI n° 2014-56 du 27 janvier 2014   



Deuxième point - les liens: 

- Transsexualisme (définition wikipédia)
- Transexualité par ADHEOS
- Transsexualité et dysphorie de genre
- Orientation sexuelle et identité de genre - Amnesty International
- Différences - blog consacré à la transidentité et l'intersexuation
- Genre, rôle de genre et identité de genre


Liens très importants:

- SOS transphobie
- SOS homophobie.org
- Association Le Refuge

Si vous êtes victime de transphobie, vous pouvez saisir la justice, mais surtout, ne restez pas silencieux/euses, ces associations sont là pour vous écouter, et ne négligez pas le dialogue sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes seront là pour vous écouter et vous soutenir. Vous n'êtes pas seul.e.s.

Vous pouvez même me contacter en cas de besoin, je suis disponible sur ce blog mais aussi sur facebook, sur Twitter et par mail : KeaganTagada@hotmail.fr .(cette adresse étant publique, vous pouvez la noter, mais n'en abusez pas).


Retenez en outre qu'en cas de propos discriminatoires et haineux, cet outil est à votre disposition:

Internet-Signalement.gouv

N'hésitez pas non plus à bloquer la ou les personnes responsables, le plus vite possible en amont d'un signalement en bonne et due forme sur le réseau social impliqué ET sur le site de signalement.gouv.


Quant aux personnes transphobes, homophomes, etc en -phobes:

APPRENEZ A RESPECTER LES AUTRES, VOUS N’ÊTES PAS DANS VOTRE DROIT.


Merci d'avoir pris le temps de lire ce billet, n'hésitez pas à me poster des liens utiles en commentaire, je les ajouterais à la suite de ceux que j'ai déjà listé. 


lundi 26 janvier 2015

Le Cyber Militantisme

Aujourd'hui j'ai un peu envie de vous parler de ce sujet, parce qu'hier il y a eu un "échange" intéressant sur le sujet sur Ask.fm.

Cela part de cette réponse de Pouhiou, que vous connaissez peut-être pour les vidéos qu'il publie sur les thèmes du féminisme, des thématiques LGBT, de société, etc. Je vous conseille ses vidéos au passage parce que même si de temps en temps il peut n'être pas totalement au point dans son discours (ça arrive à tout le monde), ses vidéos ont l'avantage de soulever des questions et d'offrir une occasion de se renseigner et éventuellement de se remettre en question.

→  http://ask.fm/Pouhiou/answer/124505843818

Dans cette réponse, il y a deux choses qui ont secoué un peu la sphère féministe de Ask, c'est d'une part ce qu'on appelle le mansplainning - le fait en tant qu'homme de dire ce qu'il convient de faire ou non en tant que femme, et en tant que féministe. A ce sujet il s'est défendu en expliquant qu'il n'en était pas question, mais je vous laisse lire ça vous même: http://ask.fm/Pouhiou/answer/124509520746 .

Mais ce qui personnellement m'a le plus "titillé" c'est son discours sur le militantisme. La meilleure réponse que j'ai lu à ce sujet était celle de QltureConfiture@Preparesseuse : http://ask.fm/Preparesseuse/answer/123038565146#_=_

Le militantisme physique VS le cyber militantisme ?



Ce que cet échange révèle, c'est ce qu'une bonne partie des militants pensent: militer = manifester, donner (financièrement), entrer physiquement dans le militantisme.
J'ai eu envie d'écrire cet article principalement parce que ce n'est vraiment pas la première fois que je lis que ceux qui "ne descendent pas dans la rue" sont inutiles, pas "de vrais militants".

C'est nier totalement l'importance du cybermilitantisme, qui se situe à plusieurs degrés; tout autant que cela coupe la poire en deux: militantisme physique et cybermilitantisme, alors que bien évidemment les deux sont complémentaires et se supportent l'un l'autre.



Cyber militer, c'est utiliser un médium incontournable de la société actuelle pour soulever des problèmes, les montrer, élever sa voix.
Elle permet une visibilité jusque là inégalée, sans l'utilisation d'internet, des réseaux sociaux, de la blogosphère, nombreux sont les problèmes dont on n'aurait jamais entendu parler.
QltureConfiture en donne de très bons exemples: Leelah Alcorn et le problème très sérieux de la transphobie, le sexisme ordinaire, et les questions de genre et de sexualité.
Comme elle le dit, internet et le cyber militantisme ont permit, a elle comme a moi, et a beaucoup de gens, de trouver des réponses à leur questions. Sans internet, que saurai-je de la pansexualité, alors que c'est précisément ce qui me définit?

Deuxième point concernant la visibilité, le rapport entre les militant.es et les personnes disons "responsables" est quasiment direct. Dans la "vraie vie" (nb: je déteste les termes qui considèrent qu'internet n'est pas "vrai"), pour communiquer vos doléances à une personne susceptible d'être influente concernant la cause qu'on défend, il faut passer par des étapes qui ont de fortes chances d'échouer. Il est très rare qu'on parvienne à avoir un responsable en face de soi qui nous écoute.
Internet à ceci de particulier qu'il annihile quasiment ce problème, les personnes responsables sont présentes sur ce média et pour leur parler il suffit simplement de leur envoyer un message via les réseaux sociaux. Vos paroles ne passent pas par des intermédiaires contraignants: un tweet, un message facebook, et si cela ne garantis pas qu'on soit écouté, le message est visible, dit, il a atteint son but.

Concernant la visibilité, toujours, le troisième point important est donc la communication. Communiquer est en soi un acte de militantisme, c'est également ce que l'on fait lorsqu'on milite physiquement.
Prenons l'exemple d'un blog: sur un blog on a la possibilité formidable de s'exprimer, et d'expliquer les choses. Et la chose magnifique en cela c'est qu'un blog, si on prend la peine de le rendre visible, est lu. Il est lu par un cercle de vos proches, de personnes que l'ont connait via internet, peu importe, et par effet de diffusion il peut atteindre un nombre incroyable de lecteurs.
Si on s'y prend bien le message est là, directement accessible, par tous.

Militer physiquement donne une visibilité également, manifester dans la rue présente une masse visible, mais à mon sens, le message n'est pas toujours ni clair ni compris, la grande qualité de la communication via l'écrit reste qu'on prend le temps de formuler, d'exprimer un problème.
C'est par ailleurs vrai même sans parler d'internet, lire un document sera toujours plus profitable que d'écouter quelqu'un parler, parce qu'écrire demande du temps, il donne l'occasion de se relire, de compléter une pensée, de la corriger. Les paroles orales sont rarement maitrisées au même niveau qu'un écrit (pour cela il faut être un bon orateur, mais le fait est que tout.e militant.e ne l'est pas).
J'ai personnellement constaté qu'un message écrit est bien plus efficace qu'un message oral.

D'autre part, pour parler de cette "masse visible" irl, elle ne l'est bien souvent que pour un temps. On manifeste un jour, on est peut-être écouté ce jour là, mais le message s'inscrit-il durablement? Cette "masse visible" a une importance non négligeable en ce sens qu'elle est diffusée sur les médias "traditionnels" et peut semer la graine du questionnement dans la tête de celleux qui regardent.
Mais cette visibilité a besoin d'être cultivée, pérennisée. Les écrits sont là pour ça, le fait que chaque jour quelqu'un s'exprime à ce sujet sur les réseaux sociaux et les blogs pérennisent l'action de cette "masse visible".

C'est en partie pour cela que les deux sont indubitablement complémentaires.
 Dire que telle façon de militer est "plus importante" que l'autre est un non-sens. Donc, de telle façon qu'on ne peut pas dénigrer le travail de celleux qui sont sur le terrain, on ne peut pas dénigrer le travail de celleux qui militent par leurs mots, en utilisant un outil qui est devenu omniprésent.

Vous n'avez pas le droit de dire à un.e bloggeur/euse / un.e twitteur/euse / un.e facebookien.ne / un.e youtubeur/euse  qu'iel n'est pas un.e "vrai.e" militant.e, parce que chaque jour ou presque iels prennent le temps de se questionner et de transmettre un message aux autres qui sans aucun doute possible sera lu et par une partie de ce lectorat compris, assimilé.
L'effet est aussi réel que le fait de lever le poing dans la rue et de distribuer des tracts.

Dénigrer cela c'est dénigrer le travail de centaines de militant.es - féministes, intersectionnel.les, ou autres - qui ont un impact tangible et réel.

Validisme 



Le second gros problème dans ce discours "le cybermilitantisme est moins important", c'est comme l'a soulevé QltureConfiture dans sa réponse une notion de validisme.

Tout d'abord, qu'est-ce que le validisme: le validisme est un discours qui exclue la présence réelle de personnes dites "invalides", donc handicapées (physiques ou mental), neuroatypiques, ou souffrant de problèmes de santés plus ou moins invalidants tant sur le plan physique que moral. Ou plus "simplement" les personnes ayant une personnalité considérée à tort comme atypique (introversion, hypersensibilité).


Tout le monde n'a pas la possibilité physique de s'engager dans un combat militant physique, quand bien même on le voudrait réellement. C'est un fait, une vérité qu'il faut cesser de passer sous silence.

C'est mon cas. Parce que je suis sociophobe, atteinte de TAG et dépressive et que par ailleurs je suis hypersensible et introvertie. Lorsque l'on me dit que mon combat n'en est pas un tant que je ne descend pas dans la rue manifester, tendre des tracts, etc, on nie et invisibilise mon invalidité. En soit c'est une oppression.

Comme moi beaucoup ont choisi le cybermilitantisme par désir criant d'apporter leur voix, leur soutien, de changer les choses malgré leur impossibilité physique et morale de s'investir physiquement dans le militantisme.
Nous ne sommes pas "à l'abri du miroir noir de [nos] smartphones". Nous nous investissons tout autant, avec les moyens que nous avons à disposition.
Le jour opportun si on arrive à "guérir" de son invalidité, alors nous feront un pas vers le militantisme physique, parce que dans tout ça il n'est pas question de paresse ou de non-volonté.

Parce que le point important est que militer, changer les choses, est le but vers lequel on tend. 


Conclusion

Le cybermilitantisme est un moyen de militer tout aussi important que le militantisme physique, et il est un moyen pour les personnes qui comme moi n'ont pas la possibilité matérielle, physique et morale de militer de faire quelque chose, de faire entendre leur voix.

Je vous quote QltureConfiture:

"Libérer sa parole sur internet, c'est déjà beaucoup. Parce que le principe de base d'Internet c'est que toute voix a de la valeur." 

Liens

- Cybermilitantisme, définition sur Wikipédia
- Militantisme, définition sur Wikipédia
 - Techniques de cybermilitantisme - Cap Sur L'Indépendance
- Introduction au cybermilitantisme - Cap Sur L'Indépendance
- Cyber-militantisme - Mrs Roots
- Comment le cybermilitantisme a changé les règles du jeu - Trop Libre
- Militer sur Internet, c'est militer quand même - Internet Puke (j'ai commenté cet article en passant, suivez le Hugh Dancy au noeud rose :o) )
- Vie Sociale et Internet - A la Rash
- Internet, une nouvelle plateforme de militantisme - La Vie Eco
- Le Militantisme sur les Réseaux Sociaux - Le Rôle Politique des Réseaux Sociaux internet

- Validisme / Capacitisme - définition Wikipédia
- La Culture du Validisme - 1Libertaire
- Validisme  [tag]- Choses Aléatoires
- Validisme  [tag] - Au Creux de Mon Âme




vendredi 21 novembre 2014

Parlons de Slut-Shaming

Hier, sur Ask.fm, j'ai reçu une question for intéressante de Moly, qui me demandait en substance "pourquoi es-tu contre le slut-shaming? Que penses-tu de la vulgarité? Que penses-tu de Miley Cyrus et de l'image qu'elle donne auprès des jeunes."



Je suppose que ce n'est pas sans lien avec ma réaction à cet article "Florence Foresti tacle Miley Cyrus et Jenifer Lopez "Ce sont des pornstars!" " , dans lequel on glorifie le soi-disant féminisme de l'humoriste, pourtant à base de slut-shaming, ce qui de mon point de vue est antinomique. Ce n'est pas ma vision du féminisme (notons qu'il n'y a pas qu'un féminisme mais des féminismes, c'est important de le rappeler).

J'ai donc répondu à la question de Moly, de bonne foi, y mettant comme à mon habitude toute ma volonté, soignant la rédaction, y apportant moultitude de sources - non je ne me lance pas des roses, c'est juste pour moi la base d'une réponse honnête, prendre le temps de fournir une réponse précise et détaillée (on me reproche d'ailleurs souvent les tldr - too long, don't read - mais c'est juste ma façon de répondre).
Mais un petit malin a jugé bon de montrer son désaccord avec moi en signalant et donc en supprimant ma réponse , montrant là toute l'étendue de sa stupidité et de son mépris envers le droit fondamental qu'est la liberté d'expression. Oui, toi qui m'a censurée injustement, me bâillonner comme tu l'as fait hier n'était pas de ton droit. D'autant que je suis ouverte à la discussion et au débat d'idées, il te suffisait de dire "je ne suis pas d'accord avec toi". Ce que tu as fait n'est rien d'autre que dire "je refuse que tu t'exprimes".

Bref, passons sur ce point, le fait est que j'ai du coup promis à Moly un article afin de répondre au mieux à sa question.
Mais d'abord, il est nécessaire de revenir sur la définition de ce qu'est le slut-shaming, d'autant que les raisons pour lesquelles je suis contre cette pratique couleront de source après cela (du moins je l'espère).

Le Slut-Shaming, c'est quoi?

La logique du slut-shaming par Lacy Green


 L'expression "slut-shaming" qui nous vient des États-Unis et signifie approximativement "stigmatisation des salopes" ou "couvrir de honte les salopes", désigne le fait de juger une personne - presque exclusivement les femmes - sur ses choix de vie en matière de sexualité, sa façon d'être jugée "indécente" ou même simplement sa façon de s'habiller / de se maquiller.

Le slut-shaming peut prendre une multitude de visages allant du plus insidieux au plus discriminant, mais toujours banalisé au point que ces petites phrases assassines ("tu t'habille comme une pute", "une fille qui couche avec plein de gars c'est une salope" ou "si tu mets ça faudra pas t'étonner qu'on te viole!", "Ah ma salope!") sont acceptées socialement.

Il découle directement de cette injonction machiste : "une femme ne doit être ni trop prude, ni trop libérée sexuellement" - comprendre "ni trop pute". Dès qu'une femme s'aventure un peu trop près de ces deux extrêmes, elle est pointée du doigt, raillée, jugée, elle l'image du vice et de la décadence...



Slut-Shaming et sexualité

Le slut-shaming est très majoritairement une façon de porter un jugement sur les choix de vie d'une personne (quelque soit son genre ou son orientation sexuelle), majoritairement les personnes de sexe féminin (bien que les hommes ne soient pas épargnés), ce qui l'inscrit au panthéon des pratiques sexistes (et de fait anti-féministes).

Comme je le donnais en exemple tout à l'heure, une femme dont la vie sexuelle est "trop" affichée, "trop" atypique, "trop" libérée, est souvent en société pointée du doigt comme si elle commettait une erreur. On en oublie le droit fondamental à disposer de soi et de son corps, a disposer de sa propre vie.
C'est une liberté fondamentale que de faire de sa vie (sexuelle) ce que bon semble à la personne concernée tant que cela ne nuit pas aux droits et aux libertés fondamentales d'autrui et qu'elle est en pleine conscience de ses actes (j'entends par là : tant que c'est bien son choix et non quelque chose qui lui est imposé par autrui).

Comme le dit un article de Madmoizelle: "cela entretient l'idée que le sexe est quelque chose de dégradant pour les femmes". 

Slut-Shaming et culture du viol

L'une des conséquences du slut-shaming c'est qu'elle entretient également la culture du viol en instaurant l'idée que le viol peut découler de l'attitude de la victime.

"Tu n'avais qu'à pas t'habiller comme une pute, aussi."
" Bah tu couche avec tout le monde, faut pas venir te plaindre."

Comme si le fait d'avoir une vie sexuelle libérée ou de s'habiller de telle ou telle façon justifiait un viol. On culpabilise la victime plutôt que de pointer le doigt sur le problème essentiel: l'entière faute incombe au violeur. Il n'y a aucun débat à avoir sur ce fait simple.

Les femmes (et autres) n'ont pas à s'ajuster aux comportements déviants, c'est aux comportements déviants d'êtres punis et de disparaitre.

D'autre part, on instaure par le slut-shaming l'idée que les femmes doivent s'attendre à avoir de sérieux problèmes si elles ne se brident pas.
Ça peut être des choses très banales comme cette phrase que m'a dit ma mère - sans mauvaise volonté, elle m'a dit cela avec toute l'inquiétude que peut avoir une maman -  après que je lui ai raconté qu'on m'avait prise pour une prostituée alors que j'attendais devant Carrefour qu'un ami vienne me chercher en voiture, je lisais, et j'étais en mini-short : "C'est trop dangereux, tu devrais pas porter un short, mets plutôt des pantalons".
Elle n'a pas compris en quoi ce qu'elle venait de me dire était mauvais. Je lui ai juste répondu "j'ai pas a arrêter de me saper comme j'en ai envie, c'est aux autres d'arrêter d'être cons."

Parce que c'est ma liberté, parce que plier est comme accepter qu'une femme doit s'attendre à subir le pire si elle ne modifie pas son comportement, c'est ça la culture du viol.

Je re-cite l'article de Madmoizelle:

"À un niveau plus global, le slut-shaming encourage le viol : si une femme a certains vêtements ou comportements, cela signifierait qu’elle ne peut pas dire non (puisqu’elle aime ça, puisqu’elle le cherche…). Du coup, les filles veulent éviter d’avoir une réputation de salope de peur de se faire agresser ; du coup, ces comportements deviennent de plus en plus stigmatisés – et la liste de ce qui est provoquant s’agrandit de plus en plus. Cercle vicieux."



Slut-shaming et vulgarité



Je l'ai précisé hier dans ma réponse, je fais une distinction entre "impudeur" (disons-le comme ça) et vulgarité.

La vulgarité regroupe un ensemble de comportements, allant du langage à la gestuelle, qui sont considérés comme grossiers. Ainsi, dire "salope" est vulgaire, comme le fait de se curer le nez en public ou de faire un doigt aux passants en criant "va niquer ta mère".

Ça, c'est vulgaire; faire preuve d’extraversion en ce qui concerne sa vie sexuelle ou s'habiller de façon jugée "provocante" (tu le sens la culture du viol dans ce simple mot, aussi?), ça n'est pas de la vulgarité.
Un film porno est pour moi une chose vulgaire, une femme qui choisit librement d'exercer le métier d'actrice porno n'est pas vulgaire. Vous voyez la nuance?

Une personne qui porte une mini-jupe, des bas résilles et choisi un maquillage voyant n'est pas vulgaire. Une personne qui twerke n'est pas vulgaire.

Alors effectivement impudeur et vulgarité sont des concepts proches que l'on omet souvent de distinguer, mais c'est important de revenir sur la définition du mot "vulgarité" parce que le slut-shaming raille de nombreuses femmes sous prétexte qu'elles sont vulgaires.


Pour revenir plus en profondeur sur tout ces points je vous suggère de (re)lire l'excellent article de l'Elfe sur Les Questions Composent: La Nouvelle Salope.
Elle y traite en outre le rapport entre hyper sexualisation infantile et slut-shaming, sujet que je n'aborde pas ici. 


Parlons donc un peu de Miley Cyrus


Puisque c'est la troisième partie de la question. Mais ce que je vais dire ne s'applique évidemment pas qu'à elle.

Miley est une cible toute désignée pour les slut-shameurs, parce qu'à travers ses clips et ses apparitions elle nous donne une image mêlant sexualité débridée, corps nus et huilés et grestes provoc'.

Alors je dois commencer par dire, puisque ça répond à la question: je ne m'intéresse qu'à la musique, pas à l'image que renvoie un artiste. Je n'aime pas la musique de Miley Cyrus même si je lui reconnais quand même un beau petit brin de voix et des mélodies qui font mouche. 

Alors, alors, ce qu'on reproche beaucoup à Miley Cyrus c'est donc ses "attitudes de biatche". Comme je le disais plus haut, cette jeune femme est libre de faire ce que bon lui semble, parce que c'est son corps, sa vie, ses choix, et je n'ai pas à avoir un avis là-dessus, pas plus que Sinead O'Connor (et hop placement de lien, pépouze).



Je peux la trouver vulgaire sur certains points, choquante dans certains de ses actes, mais elle n'a pas à être pointée du doigts pour des choses comme son twerk pendant la cérémonie des Music Awards ou le fait qu'elle se présente nue dans son clip Wrecking Ball. 

Quant au fait qu'elle soit un modèle pour les jeunes: certes elle l'est. Bien malgré elle, en fait. On lui donne cette influence sur les jeunes parce qu'on a encore d'elle l'image de la "petite fille sage" qu'elle était chez Disney, et quelque part, c'est peut-être dans un souci d'émancipation que ses choix de vie comme ses choix musicaux entrent en totale opposition avec l'image qu'on avait d'elle. 
Mais dire que le fait de montrer sur scène et dans ses clips une sexualité libérée est un mauvais exemple, c'est du slut-shaming, comme je l'ai expliqué précédemment, parce que, je le répète, c'est impliquer l'idée que "le sexe c'est mal, le sexe c'est sale". 

Je note également un point qui me semble important: elle n'est pas seule responsable de l'influence qu'elle peut avoir. Certes, elle est en partie responsable, elle est responsable du fait que ses agissements - quels qu'ils soient - peuvent avoir une influence néfaste. 
Mais d'un autre point de vue c'est aussi et avant tout aux parents des-dits jeunes d'apprendre à leurs gamins à se distancier par rapport à leurs idoles, à leur apprendre que tout ce qu'elles font ou disent n'est pas forcément "bien". 
Et je ne parle pas d'agissement comme le fait de twerker ou de porter une robe transparente, mais par exemple le fait d'insulter, d'agir de façon oppressive, voire discriminante, etc, comme peuvent le faire de nombreux artistes (là je ne parle pas spécialement de Miley vu que je suis peu son actu, mais j'ai par exemple en tête Justin Bieber crachant sur ses fans, ou Amy Winehouse buvant l'équivalent d'une bouteille entière de whisky sur scène, et autres choses de ce genre). 



Enfin, dernier point. J'ai pu lire que son attitude est due à la pression de ses producteurs, qu'elle "obéit" sagement au sexisme de ses patrons.
Oui sauf que ça c'est lui retirer le peu de libre arbitre qu'elle a, c'est la rabaisser au rang de pauvre petite chose qui ne pense pas par elle-même.
Dois-je vous préciser en quoi ça me dérange qu'on insinue qu'elle n'est pas libre de ses choix?
La victimisation des femmes est un problème, parce qu'en pensant bien faire, on ne fait rien moins que de considérer qu'une femme qui fait - selon soi - de "mauvais" choix ne les a pas fait en pleine conscience de ses actes et sous l'influence des autres.
Certes le sexisme ambiant influe beaucoup inconsciemment sur les femmes en leur mettant dans la tête des idées sexistes que l'on appelle "normes", mais il ne faut pas oublier aussi que chaque être humain est capable de penser par lui-même et peut ne pas être influencé du tout.
Si une femme se maquille ou s'épile, ce n'est pas nécessairement parce qu'on le lui a ordonné, mais parce que peut-être elle en a fait le choix conscient.
Tout comme une femme musulmane qui décide de porter le voile n'est pas nécessairement sous influence.

Dire qu'une personne agit sous influence extérieure, c'est de la présomption. C'est présumer que cette personne est faible et influençable quand il est tout à fait possible qu'elle soit pleinement consciente et libre.


Conclusion

Pour répondre plus simplement à ta question, Moly:

Je suis contre le slut-shaming parce que c'est une pratique sexiste et oppressive qui tend à juger une personne pour ses choix personnels. 
Je n'aime pas la vulgarité, mais je me contre-fous qu'une personne soit impudique et/ou sexuellement libérée. 
Je me fiche pas mal de l'image que renvoie Miley Cyrus par le biais de ses choix personnels, mais désavoue des actes que je juge déplacés qui véhiculent des concepts tel que le racisme. 

En espérant avoir pu te fournir une réponse claire et détaillée. ^^ 

Pour clore cet article, quelques liens: 

- Slut-Shaming - Les Inrocks
- Pour la défense Miley Cyrus, arrêtez le slut-shaming  (l'article est un peu mal tourné mais soulève des points intéressants)
- Miley Cyrus : icone thrash ou néo-féministe?  (oui, Elle, on dit "thrash", pas "trash", merci)
- Slut-Shaming - Wikipédia
- Slut-Shaming - Huffington Post


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Au /à la petit.e merdeux.euse lâche qui m'a signalé sur Ask:

Tu peux supprimer une QA sur Ask, c'est bien, t'es un.e caïd, bravo, mais ça suffira pas à m'empêcher de m'exprimer, sale con.ne. 

#KeaganEnModeVulgaireVénère

Bisous.

jeudi 20 novembre 2014

Paye Ton Utérus

Cette semaine sur Twitter, voici le HT à ne pas manquer: #PayeTonUtérus , lancé par OndineOndée Jeune, bloggeuse, twitteuse et "pharmacienne en carton chez Leclerc" (c'est pas moi qui l'ai dit. :o) ).

Ce HT (comprenez hashtag) a été pris d'assaut par une masse affolante de femmes cis / hommes trans / personnes non-binaires pour raconter leur expérience gynécologique, et ça fait froid dans le dos.





Entre maladresses, sexisme, hétéro/cis centrisme (homophobie, même), racisme, fat shaming, slut shaming, et j'en passe, ce que révèle ces tweet montre une face de la gynécologie dont on n'ose pas parler, que l'on tait car d'un côté il y a la honte, la soumission (après tout c'est un médecin, il sait ce qu'il dit - le pouvoir de la figure d'autorité, vous vous rappelez), et surtout parce que parler de son utérus et de ce qui l'entoure, c'est encore un tabou à garder sous silence, on ne parle pas de ces choses-là voyons.

Ca a été dit, Twitter n'est pas forcément l'endroit pour parler de ça. Mais dans un monde ou l'on passe sous silence ce qui tourne autour sexe féminin (qu'il soit porté par une femme, un homme ou une personne non binaire, je tiens à le préciser vu qu'il est encore difficile par certains d'imprimer que les personnes de genre féminin ne sont pas les seules à porter un appareil génital féminin), difficile de trouver le "bon endroit" et le "bon moment", quand même le corps médical ne garantis pas un espace de sécurité.

Comme l'explique Morgan dans ce billet: "#Paye Ton Utérus, quand Twitter ose parler de l'intime qui fâche":

"5) Ce qui me fait comprendre quelque chose d’assez désagréable : les F cis, H trans et personnes non-binaires n’ont pas d’espace de discussion safe où échanger sur ce genre de sujets. Et restent donc entouré(e)s d’ignorance, de préjugés et de ouï-dires aux origines parfois douteuses.
Beaucoup supportent depuis des années des situations totalement anormales en croyant que c’est la fatalité. D’autres pensent être bizarres alors que leur situation est parfaitement naturelle. Certain(e)s découvrent à l’occasion que les règles ne sont pas nécessaires (non, on n’a pas besoin d ‘être vidangé(e)s !!), que les règles de pilules sont de fausses règles et qu’il est parfaitement possible et sans risque de prendre une pilule en continue.
Il y a ceux/celles qui souffrent depuis des années à qui les médecins disent d’arrêter de faire leur douillette alors qu’ielles se trimbalent une endométriose qui devrait être prise en charge depuis longtemps. Etc., etc., etc.
Cet après-midi, des twittos ont pris la parole et ont osé dire tout haut ce qu’ielles vivaient. On peut se demander si Twitter est le lieu pour ça. Non, sans doute pas, mais où alors ? Ielles devraient pouvoir se fier à des médecins compréhensifs, ouverts et attentionnés qui mettent à leur disposition toutes les infos nécessaires, sans jugement ni question inappropriée. Ce n’est à l’évidence pas le cas à tous les coups, loin s’en faut."



Ce HT, je le vois comme une formidable aubaine pour se faire entendre et pointer le doigt sur des problèmes dont on parle peu ou pas. C'est une occasion de soulever de vieux tabous. Il va permettre entre autres choses d'avancer sur le terrain de la connaissance et permettre à ces femmes / hommes trans / personnes non binaires de partager un soutien moral et pourquoi pas permettre l'émergence d'une liste de gynécologues safes.
Et vu que je suis une utopiste, pourquoi pas permettre de changer la donne du côté du corps médical, permettre que les pratiques invasives et humiliantes cessent.

Vous ne pensez pas que cela puisse être aussi térrible? Quelques exemples:

- http://sous-la-blouse.blogspot.fr/2011/06/tu-sauras-jamais.html
-  http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/le-douloureux-point-du-mari-pour-un-vagin-de-jeune-fille-apres-l-accouchement_1503176.html
- http://www.monblogdefille.com/blog/florilege-des-positions-humiliantes-imposees-a-la-femme-du-xxieme-siecle



Un examen gynécologique peut déjà être en soi une source d'angoisse, on touche à l'intime, c'est pas rien, le minimum est quand même de faire en sorte que les choses se passent le plus respectueusement et le plus agréablement possible.
De même qu'il est complètement absurde de juger les femmes qui comme moi ont décidé de ne pas y passer.



Car oui, j'y vais de mon petit coup de gueule parce qu'on m'a déjà regardé avec effroi quand je dis que je n'ai jamais vu un gynécologue et que je ne prend aucun moyen de contraception. Sans savoir que l'idée qu'une personne étrangère me touche et pose un regard - même purement médical - sur mon corps m'angoisse au plus haut point, et que contraception ou pas, ma vie sexuelle me permet de ne reposer que sur l'utilisation de préservatifs.
Juger sans savoir, à croire que c'est le propre de l'humain.  

Ceux qui me connaissent un peu savent que je passe 90% de mon temps à questionner ma personne, je cherche sans cesse des réponses, des pistes, et récemment j'ai entendu parler de la "zone grise", entre asexualité et sexualité très rare, je me suis assez reconnue là dedans. Je ne suis pas asexuelle, mais mon intérêt pour les choses sexuelles est vraiment très limité, donc: vie sexuelle...  pas un truc après lequel je cours, ça a même tendance à me dégouter les trois quart du temps.
Je suis pas certaine de pouvoir affirmer être dans la zone grise, ma réflexion n'est pas terminée sur ce sujet, mais je constate simplement que ça semblerait logique.
Et je m'en veux un peu d'avoir eu honte de ne pas l'avouer - me l'avouer - plus tôt, dans un monde où le sexe et la performance sexuelle est normale, même plus que normale, obligatoire, j'en avais honte, tout bêtement. Souvent j'ai fait croire que j'avais une vie sexuelle "normale" alors que j'ai en fait eu mon premier rapport à 23 ans (y'a trois ans, donc, c'est bien tu sais compter).
T'as pas une vie sexuelle active = gros.se nul.le; ou quand on vous sort toute les cinq minutes que "ne pas aimer le sexe, c'est pas normal", "c'est parce que t'as pas trouvé le bon", "j'ai de la peine pour toi, tu sais pas ce que tu rates"...
Comment dans ces conditions on peut se sentir assez safe pour dire "ouais non mais moi, le sexe c'est pas trop mon truc et d'ailleurs j'ai pas une vie sexuelle super active, hein...", a fortiori si comme moi vous avez été élevé dans une famille dans laquelle on ne parle absolument JAMAIS de ça.


Mais le fait que - pour revenir à nos moutons - je n'ai pas nécessairement besoin (ni envie) de bousiller mon corps a coup de détraquage d'hormones juste parce que je suis sensée avoir une vie sexuelle active.
De plus, la contraception est un outil devant permettre aux femmes - j'entends aussi hommes trans et personnes non binaires, je vais peut-être pas le répéter à chaque fois - d'avoir un contrôle sur leur corps en ce qui concerne la procréation.
C'est une bonne chose, vraiment, je ne reviens absolument pas là-dessus. Mais tout comme chacun devrait pouvoir choisir de ne pas faire d'enfants surprise, chacun devrait aussi avoir le droit de décider de laisser la nature faire sa life aussi.

Nodoka me posait justement une question concernant le désir et non-désir de maternité ce matin, comme je le lui ai répondu alors, je ne veux pas d'enfants aujourd'hui, la situation et mon état d'esprit ne s'y prêtent pas. Mais paradoxalement, je n'ai pas envie de contrôler ça. Si un enfant doit un jour sortir de mon utérus, il en sortira, à moins qu'il n'ait été conçu dans la douleur.
A l'heure ou on dénonce "l'avortement de confort", je me sens presque anormale de dire ça. Mais oui, je préfère avorter si besoin est plutôt que de prendre un moyen de contraception qui peut me bousiller de l'intérieur.
Et je rappelle que ma vie sexuelle.... walou, sans doute que mon positionnement serait différent si j'avais une vie sexuelle active, mais c'est pas le cas.

Pour faire simple: mon corps, ma vie, mon choix, arrêtez cinq minutes de juger une personne qui vous dit qu'elle ne prend pas de contraception féminine pas plus qu'une personne qui vous dit qu'elle ne veut pas d'un examen gynécologique inutile.



Notre corps à tous n'est uniquement sous le contrôle que de l'esprit qui l'habite, et de personne d'autre. Et sachez que vous pouvez dire non, ouvrir votre gueule et refuser des pratiques gynécologiques que vous jugerez invasives, et grâce à ce HT, nous avons l'opportunité de comprendre et d'avancer.
 Donc à toutes les personnes qui s'incrustent uniquement pour dire que ces twittos "exagèrent", "oublient le mal des hommes", "sont injustes envers le corps médical", etc, profitez-en pour ouvrir vos yeux, votre coeur, votre esprit afin de comprendre ce que vivent des milliers de femmes chaque jour.
Que vos intentions soient portées sous une bannière intitulée "respect".





Rappel → #PayeTonUtérus ←

Edit:
je vous rajoute des liens:
- http://www.europe1.fr/societe/payetonuterus-les-dessous-d-un-buzz-2295243
- Storify - Paye Ton Utérus par Ondine

- http://madame.lefigaro.fr/societe/payetonuterus-revelateur-des-miseres-gynecologiques-211114-82745 
- https://gynandco.wordpress.com/liste-des-soignantes/

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